🇫🇷 Matignon a exclu tout « passage en force » sur la proposition de loi permettant d’étendre le travail le 1er mai, à la

🇫🇷 Matignon a exclu tout « passage en force » sur la proposition de loi permettant d’étendre le travail le 1er mai, à la

Matignon recule sur le travail du 1er mai

Le gouvernement a fermé la porte à un passage en force parlementaire sur le travail du 1er mai. Face à la bronca syndicale et aux divisions au sein même de la majorité, Matignon a annoncé ce jeudi qu’aucun article 49.3 ne sera utilisé pour faire passer la proposition de loi visant à autoriser le travail lors de la journée internationale des travailleurs.

La proposition portée par le député Renaissance Félicien Kaminsky visait à permettre aux entreprises volontaires de faire travailler leurs salariés le 1er mai, moyennant une majoration salariale de 200%. Un texte censé répondre aux besoins de certains secteurs comme le tourisme et la restauration, mais qui a provoqué un tollé immédiat.

Les syndicats mobilisés contre une « provocation »

La CGT, FO, la CFDT et Solidaires ont immédiatement dénoncé une « attaque frontale » contre un symbole historique du mouvement ouvrier. Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a qualifié la proposition de « provocation inacceptable en pleine crise sociale ».

Plus de 300 000 personnes défilent traditionnellement chaque 1er mai en France. La date, chômée et payée depuis 1947, reste l’un des derniers marqueurs symboliques du droit du travail français. Même les organisations patronales se sont montrées divisées sur l’opportunité de toucher à cette journée particulière.

Le Medef n’avait pas inscrit cette revendication dans ses priorités pour 2026, préférant se concentrer sur l’assouplissement des 35 heures et la réforme de l’assurance chômage. Une source au sein de l’organisation patronale confie : « Ce n’était pas le combat à mener maintenant, pas dans ce climat ».

Une majorité fragilisée à l’Assemblée

Le recul de Matignon s’explique aussi par l’arithmétique parlementaire. Avec seulement 168 députés Renaissance sur 577, le gouvernement ne peut se permettre de braquer une partie de sa propre majorité. Une vingtaine d’élus macronistes avaient fait savoir qu’ils ne voteraient pas le texte en l’état.

L’aile gauche de la majorité, emmenée par Sacha Houlié, a multiplié les sorties médiatiques contre cette proposition jugée « contre-productive et symboliquement catastrophique ». Même chez Horizons, le parti d’Édouard Philippe, les remontées du terrain indiquaient une forte réticence des élus locaux.

La gauche parlementaire avait annoncé le dépôt de plus de 1500 amendements pour bloquer le texte en commission. La France Insoumise préparait déjà des manifestations devant l’Assemblée nationale pour dénoncer ce qu’elle appelait « la remise en cause du Code du travail pierre par pierre ».

Le précédent de la réforme des retraites toujours présent

L’utilisation répétée du 49.3 lors de la réforme des retraites en 2023 reste dans toutes les mémoires à Matignon. Cette séquence avait cristallisé une opposition durable au gouvernement, avec des manifestations qui ont rassemblé jusqu’à 1,3 million de personnes dans tout le pays.

L’exécutif ne souhaite pas revivre un tel scénario à quelques mois des élections européennes et alors que la cote de popularité du Premier ministre Gabriel Attal stagne autour de 32% d’opinions favorables selon les derniers sondages.

Un conseiller de l’Élysée reconnaît : « On ne va pas se tirer une balle dans le pied pour une mesure qui ne concerne qu’une poignée de secteurs. Le rapport coût politique-bénéfice économique est catastrophique ».

Des secteurs économiques en demande malgré tout

Certaines branches professionnelles regrettent néanmoins cet abandon. L’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie estimait qu’autoriser le travail le 1er mai aurait généré un chiffre d’affaires supplémentaire de 150 millions d’euros pour le secteur du tourisme.

Les centres commerciaux et la grande distribution réclamaient également cette possibilité, notamment quand le 1er mai tombe un samedi ou un dimanche, comme ce sera le cas en 2027. Mais ces arguments économiques n’ont pas pesé face au poids symbolique de la date.

Le texte devrait être enterré définitivement en commission, sans même passer en séance publique. Une sortie discrète pour une proposition qui aura surtout servi à rappeler les lignes rouges à ne pas franchir en matière de droit du travail, même pour un gouvernement réformateur.

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